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Février 1928. “Welcome to ‘Du Pont’, Mister Carothers”. Charles Stine, le directeur du département de recherche chimique de Du Pont de Nemours est aux anges. Il vient de convaincre un certain Wallace Carothers d’abandonner son poste de prof en chimie organique à l’université d’Harvard pour rejoindre ses équipes. Stine à raison de se réjouir. En embauchant Carothers, il vient de tirer LE gros lot. L’homme est un génie. Ses découvertes bouleverseront les habitudes de consommation de milliards d’individus. Elles apporteront des dizaines de milliards de dollars à Du Pont.
Au fait, vous connaissez ‘Du Pont’ (à l’américaine croyant prononcer ‘à la française’, prononcer ‘dou ponne’...) ? Après avoir prospéré dans la fabrication de poudre à canon, la firme de Wilmington (Delaware) doit son nom bien frenchie à un noblaillon exilé aux Etats-Unis après la Révolution Française (voir colonne de droite). Depuis le début du premier conflit mondial, Du Pont s’est orienté vers la production massive de colorants, de laques, de cellophane (film de pellicule cellulosique extraite de la pâte à papier), d’ammoniac (un produit de base des engrais nitratés), mais aussi d’explosifs et de gazs de combat. Bref, Dupont est l’une des “figures” emblématiques de notre modernité technologique qui conjugue, dans un même élan énigmatique et effrayant le souci aveugle du bien être et de la destruction de l’Humanité... Dans les années 1940, sur les pressantes injonctions du gouvernement américain, Du Pont se tournera vers la fabrication de la bombe atomique. Ce qui ne l’empêchera pas de contribuer activement à partir des années 1950, à l’essor de la société de consommation de masse et de l’American way of life (1)
Mais retournons aux années 1930. Dès cette époque, Du Pont de Nemours est déjà considéré comme une entreprise de très haute technologie. Sur le terrain de l’innovation, ce fleuron du savoir-faire made in USA ne se reconnaît qu’un seul ‘challenger’ : le géant Allemand IG Farben, futur promoteur du Zyklon B, le gaz que les nazis utilisèrent pendant la seconde guerre mondiale pour les chambres de la mort d’Auschwitz et de Birkenau. IG Farben, dont du Pont de Nemours n’a pas hésité à dérober après la première guerre mondiale les brevets de la fabrication de l’ammoniac et à débaucher à grand frais les plus doués de ses ingénieurs chimistes...
Une incroyable découverte
En 1928, une course contre la montre s’est engagée entre Du Pont et son vieil ennemi IG Farben. Le géant Allemand vient de recruter au même moment et pour le même motif que Stine un autre chimiste surdoué du nom Herman F. Mark. L’objectif de ces embauches est clair : faire passer de la théorie à la pratique une incroyable découverte effectuée quelques mois plus tôt par le chimiste allemand Herman Staudinger. Cette découverte, c’est celle des « polymères », un mot qui désigne des molécules géantes capables de former des chaînes complexes - et, miracle ! de donner jour à une multitude de matières artificielles produites par synthèse chimique : ce sont ni plus ni moins que les « textiles synthétiques » qui ont envahi notre quotidien…
Boule de billard
Ne nous méprenons pas, il existait déjà depuis déjà une vingtaine d’années une petite industrie de la bakélite, un produit de synthèse inventé par le chimiste belgo-américain Léo Baekeland. Obtenue par réchauffement du phénol sous pression dans une sorte de cocotte-minute appelée bakeliser, la bakélite avait trouvé un vrai marché. Dans les brocantes, on trouve encore des objets du quotidien fabriqués à partir de cet ancêtre du « plastique » : boules de billard, combinés téléphoniques, postes de radio… Fondée sur une « recette » d’un bricoleur, certes de génie, mais sans grande connaissance théorique, la fabrication de la bakélite demeurait trop empirique pour permettre à quiconque d’envisager la conception d’autres matériaux synthétiques à partir de procédés de même type, de surcroît maîtrisés de bout en bout.
Véritable génie de la chimie organique, Wallace Carothers vint à point nommé pour réparer ce manque. Dès le printemps 1930, il met au point le premier caoutchouc synthétique au monde, le « néoprène ». Quinze ans plus tard, c’est ce matériau qui, en dépit de l’embargo sur le caoutchouc naturel, permettra de fabriquer les pneus des « jeeps » et les semelles des « rangers » des libérateurs de l’Europe.
6-6
En 1935, le chimiste dépose le brevet n°207250 d’un « polymère » plus prodigieux encore. Il est baptisé« 6-6 », puis Norun (pour « no run », en français « ne file pas »), puis Nolen, Nolon et enfin Nylon. Ses propriétés physiques, notamment sa capacité à former une chaîne de polymères très longue et très résistante font sensation. Julian Hill, l’un des assistants de Carothers évoquera avec émerveillement : « l’impression de sentir les molécules se mettre en place en lignes parallèles, et les atomes d’hydrogène s’accrocher les uns aux autres » (1). Une photographie fera le tour du monde, le montrant en train de tirer d’une éprouvette un filament de ce matériau bizarre, comme un alchimiste fou extrayant d’un creuset la pierre philosophale…
brosse à dents, fil de pêche et corde de guitare
Les dirigeants de Dupont pressentent immédiatement dans la découverte du nylon le potentiel d’une réussite commerciale fabuleuse. Fabriqué à partir du goudron de houille ou du benzène, le nylon possède après étirage une résistance comparable (même si elle est légèrement inférieure à ses débuts!) à celle des fibres naturelles. Dès 1938, la production de la première fibre synthétique au monde débute dans les usines Dupont d'Arlington (New Jersey). Les toutes premières utilisations du nylon seront, par ordre d’apparition : les poils de brosse à dents, les fils de canne à pêche, les fils de suture et les cordes de guitare. Mais ces applications Carothers ne les verra pas. Dépressif, il se suicidera à 41 ans, un an après sa découverte !
Dommage. L’épopée du nylon ne fait que commencer. Au printemps 1939, Du pont de Nemours lance la première campagne de réclame de masse (nous dirions aujourd’hui, la première campagne issue d’une stratégie « marketing ») autour d’un produit phare : le bas nylon.
“oh !, si vite sec !”
Ce choix industriel et commercial n’est pas le fruit du hasard. Chaque année, plus de 700 millions de paires de bas soie sont vendues aux Etats-Unis. Or, la soie vient du Japon, un pays qui va entrer en guerre avec les Etats-Unis. Pour rafler le marché du bas de soie, Dupont ne recule devant aucune manœuvre dilatoire. Fondées sur les merveilles que la science apporte au genre humain, ses réclames accordent aux bas nylon des qualités qu’ils n’ont pas encore. Ni plus solide, ni plus agréable, ni plus pratique que les bas de soie, les bas nylon sont même à l’époque deux fois plus chers. Qu’à cela ne tienne : « Soyeux, brillant, léger, inusable, infroissable ! » égrène une publicité. « Si c’est du nylon, c’est plus joli et oh !, si vite sec ! », vante une seconde. « Et tout ceci simplement à partir de charbon, d’air et d’eau », clame une troisième.
Impressionnée par ce prodige scientifique conçu par des hommes en blouse blanche issus des laboratoires d’une Amérique à la modernité mythifiée, la clientèle féminine « craque ». La première vente nationale a lieu le 15 mai 1940 - un jour que Du Pont Magazine suggèrera d’appeler le « Nylon day » (1). C’est la ruée : 4000 paires vendues en 3 heures, 4 millions en quatre jours. Soixante-quatre millions la première année de commercialisation.
Pin-up days
Après l’éclipse du 2e conflit mondial, où le nylon n’entrera plus que dans la composition des toiles de parachutes, les bas nylon reviendront en force à la Libération où ils incarnent le symbole de la séduction - en grande partie grâce aux images des « pin-up » façon Betty Page, que les soldats américains diffusent un peu partout dans le monde… En France, notamment, où le bas nylon débarque dans les bagages des GI’s. Lorsqu’il est commercialisé par la firme Rhodiacéta en 1948, le succès est foudroyant. On peut enfin jeter aux orties les tubes de teinture pour jambes qui imitait les bas pendant la guerre.
Du bas à couture, reconnaissable à son talon flèche et ses diminutions sur le mollet, on passe au bas sans couture à partir de 1958. À cette date, la fibre améliorée permet un moulage à chaud qui garantit enfin la forme du bas. Auparavant, elle disparaissait au bout de deux lavages.
Le plastique, c’est fantastique
Les années 50, puis 60 ne sont pas que des « années nylon ». À sa suite, vont surgir des labos de Dupont les marques déposées Rhovyl, Crylor, Lycra et autre Dacron. Diffusé en France en 1954 sous la marque Tergal par la firme Rhodiaceta, le Dacron est un « polyester » qui sert à fabriquer des pantalons, mais aussi des bouteilles et des ballons. Lancé en 1953, le Rhovyl est un « polyvinylique » qui entre dans la fabrication du Thermolactyl de Damart. En 1959 apparaît le Lycra, un « polyuréthane » dont les propriétés extensibles en font un produit adapté aux vêtements de sport. Se généralisent aussi les fibres « polyacryliques », comme le Crylor, utilisé pour faire des vêtements en maille, comme les chaussettes et les pulls, ainsi que des produits d'extérieur comme les tentes…
Avec la minijupe, apparaissent en 1964 les collants nylon – les fameux « panty » (2). Les textiles synthétiques ont littéralement envahi l’industrie du vêtement : la consommation textile mondiale est de 30 millions de tonne. Elle se partage déjà pour moitié entre les fibres naturelles (coton et laine) et les textiles chimiques. Même la haute couture adopte le “synthétique”. En 1965, l’ex-ingénieur André Courrèges fait sensation en imaginant la "femme de l'an 2000". Cette Barbarella porte des lunettes en plastique, une minijupe en Tergal, des collants nylon et des bottines plates en vinyle.
Textiles techniques
À la fin des années 60, la technologie des textiles synthétique fait un bond extraordinaire. Habillement, ameublement, industrie, médecine : on trouve des dérivés du nylon partout - des courroies des ventilateurs jusqu’aux glissières de sécurité sur les autoroutes, en passant par les artères tricotées dans la chirurgie cardiaque. Nylon, dacron et autres uréthane entrent dans la composition de fibres ultra sophistiquées comme celles qui équipaient à partir de 1968 les combinaisons des astronautes des missions Apollo.
En 1971 est commercialisé le kevlar, dernier grand ‘hit’ de Dupont avec son cousin le nomex, apparu concomitamment. Rois des textiles techniques, ces dérivés du nylon aux exceptionnelles qualités de résistance sont utilisés encore aujourd’hui pour fabriquer des gilets pare-balles ou des vêtements ignifugés.
À partir des années 80 apparaissent des tissus « composites », c’est-à-dire accolés à d’autres matériaux ou enduits de résines spéciales pour renforcer leurs caractéristiques respectives. Ils dévorent aujourd’hui des parts de marché des textiles naturels, mais aussi des textiles synthétiques plus traditionnels comme le nylon, rendant son marché moins attractif. Un signe qui ne trompe pas : En 2004 du Pont de Nemours a vendu son activité textile à l’américain Koch industries, perdant certaines ses marques les plus connues comme Dacron le polyester, Orlon l'acrylique... et Antron, le nylon.
Tissus retardateur de flamme, anti-UV, anti-acariens, anti-bactéries, parfumés ou résistants à des tractions de plusieurs tonnes : Chaque saison nous réserve désormais son lot de descendants survitaminés du nylon. Dernière trouvaille en date : un textile composite mis au point par Laboratoire de Génie des Matériaux Textiles de Roubaix capable d’arrêter des balles de mitrailleuse sur un blindage auto. Une invention très utile dans le monde trépidant où nous vivons... Texte et image Jean-François Paillard
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(*) Cet article a été publié sous une forme amodiée dans l’excellente revue mensuelle ça m’intéresse.
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(1) Comme le montre bien l’historien Pap Ndiaye, dans Du nylon et des Bombes, Belin, 2001.
(2) Les vrais bas nylons sont désormais très chers: il ne reste dans le monde que trois machines à " tricoter " le nylon dont une est en France à Montceau-les-Mines (71). A visiter si vous passez par là !
jeudi 5 février 2009
épisode 3
“Aussi fort que la bombe Atomique...”
la fantastique épopée du nylon (*)
Quelques
repères
chronologiques
Juillet 1802
Naissance du futur géant de la chimie, Dupont de Nemours
Chimiste et un industriel français (1771-1834) exilé aux Etats-Unis après la Révolution Française, Eleuthère Irénée du Pont de Nemours créé sous son nom une usine de fabrication de poudre à canon à Wilmington, Delaware (USA). La société fournira la moitié de la poudre employée par l'armée américaine pendant la guerre de sécession américaine (1860-1865).
Juin 1869
Apparition du celluloïde, première matière plastique artificielle.
Jusqu'à cette date, les « matières plastiques », c’est-à-dire modelables ou moulables par l’homme, étaient tirées directement de substances naturelles (glaise, cire, mastic). En 1869, le chimiste l'Américain John Wesley Hyatt invente la toute première matière plastique artificielle, c’est-à-dire obtenue après traitement chimique : le Celluloïd, créé à l’origine pour remplacer l'ivoire des boules de billard. Composé de nitrate de cellulose (obtenu à partir du papier de soie) et de camphre (du camphrier), c’est un composé d’extraits naturels. On le retrouve encore aujourd’hui dans les balles de ping-pong et les pellicules cinématographiques.
1896
Création de la première fibre artificielle, la viscose ou rayonne.
Produit de la dissolution dans la soude caustique de la cellulose, des déchets de coton ou de l’épicéa, la rayonne est l’œuvre de deux chimistes britanniques : Charles Cross et E. J. Bevan. La viscose est extraite, comme le celluloïde de produits naturels. En 1936, cette fibre prendra le nom de rayonne. Elle est encore aujourd’hui utilisée pour fabriquer les toges des avocats ou portées lors des remises de diplômes…
1928
Dupont de Nemours embauche un génie des polymères, Wallace Hume Carothers.
Dupont de Nemours, qui exploite le nitrate de cellulose, car c’est aussi un puissant explosif, s’oriente vers la conception de matières vraiment synthétiques, c’est-à-dire produites à partir de la synthèse chimique de matières premières. Pour avancer dans ses recherches, la firme embauche Wallace Carothers. Il découvrira coup sur coup le premier caoutchouc synthétique, le néoprène, et le premier polyester, qui entrera notamment par la suite dans la composition du Tergal.
Février 1937
Dépôt du brevet du nylon
Après avoir entamé des recherches pour obtenir une fibre synthétique similaire à la soie, W. C. dépose le brevet n°207250
du « polyamide 6-6 ».
Première fibre 100 % synthétique au monde, elle est fabriquée à partir du goudron de houille ou du benzène. Ses qualités sont extraordinaires. Elle possède notamment, après étirage, une résistance supérieure à toutes les fibres naturelles. Au départ le Nylon s’appela NO RUN, ce qui signifie « ne file pas » en anglais (en rapport avec les bas en soie qui filaient), puis Nolen, Nolon et enfin Nylon. Un an plus tard, l’Allemand IG Farben déposera le brevet du nylon 6, qui deviendra le perlon.
De 1938 à 1940
On n’en finit pas de tirer
les fils du nylon!
En 1938, la production de la nouvelle fibre synthétique débute dans les usines Dupont d'Arlington dans le New Jersey. Les premières utilisations du nylon seront, par ordre d’apparition : les poils de brosse à dents, les fils de canne à pêche, les fils de suture et les cordes de guitare. Toutes ces inventions, Carothers ne les verra pas en usage : dépressif il se suicidera à 41 ans, un mois après son extraordinaire découverte…
1940
Débuts officiels des bas nylon
Le 15 mai sont mis en vente les premiers bas nylon aux Etats-Unis. L’engouement est immédiat : 4000 paires sont vendues en 3 heures,
4 millions en quatre jours et 64 millions la 1ère année !
1941-1945
« now you lousy old nipponese »
Les USA entrent en guerre contre le Japon. Charbon et pétrole sont rationnés. Le 2e conflit mondial suspend momentanément la diffusion du nylon: il n’entre plus guerre que dans la composition des toiles de parachutes et des cordages. La signification du mot est déformée : “Now You Lousy Old Nipponese” - autrement dit “maintenant, bande de vieux Japonais minables, vous allez voir ce que vous allez voir…” On dirait une boutade de Buck Danny !
1953 – 1959
Les fibres synthétiques conquièrent les ménagères françaises
Après le nylon, ses chemises ultra blanches et ses « bas sans couture » (1955), apparaissent les Rhovyl, Crylor, Lycra, Rilsan et autre Dacron. Ce dernier apparaît en France en 1954 sous la marque Tergal, créé par la firme Rhodiaceta. Le Tergal est un polyester qui sert à fabriquer des pantalons, mais aussi nos bouteilles et ballons en plastique. Lancé en 1953, le Rhovyl entre dans la fabrication du fameux Thermolactyl de Damart. En 1959 apparaît le Lycra, un polyuréthane dont les propriétés extensibles en font un produit très adapté aux vêtements de sport. Se généralisent à partir des années 1960 les fibres acryliques, utilisées pour faire des vêtements en maille, comme les chaussettes et les pulls, ainsi que des produits d'extérieur, notamment les tentes.
1965
Avec Courrèges, les fibres synthétiques forcent les portes de la Haute couture.
En 1960 apparaît l'Helanca (marque déposée de la maison Heberlein & Co. à Wattwil) un fil de nylon froissé qui rend les fibres synthétiques élastiques et ôte aux tissus en nylon leur éclat froid et « synthétique ». Dès lors, le nylon conquiert prêt à porter et haute couture. En 1967, Pierre Cardin lance la cardine, robe produite au moule en fibres synthétiques agglomérées. Mais c’est en 1965 que l’ex-ingénieur André Courrèges a fait l’effet d’une révolution en imaginant la "femme de l'an 2000", avec lunettes en plastique, mini-jupes et collants nylon, bottines plates en vinyle, pantalons de Tergal aux plis indéformables pour les hommes…
...la suite dans la colonne
de gauche.
Des chiffres
Production (en milliers de t, 1999). Fibres cellulosiques : Chine 433 1, Inde 264,4 1, Jap. 216, All. 207, Indonésie 162, Autr. 154,9, Taïwan 143 1, USA 134,8, G.-B. 88, Finl. 52,6, Brésil 48,4, Thaïlande 46 1, Italie 32,2, Benelux 31,5, Esp. 30,3, Tchéquie 26,9 1, Suède 22,2. Monde : 2 410. Synthétiques (en 2002) : Chine 9 442, Europe 4 881, USA 3 800, Taïwan 3 169, Corée du S. 2 407, Inde 1 690, Japon 1 253, Indonésie 1 022, Thaïlande 841, Mexique 546, Pakistan 520, Malaisie 431, CIS 315, Brésil 293.
Grands producteurs de fibres. Invista (USA) ; Nan Ya (Taïwan) ; Acordis (P.-Bas) ; Toray (Japon) ; Hualon (Taïwan) ; Teijin (Japon) ; Yizheng (Chine) ; Far Eastern (Taïwan) ; Huvis (Corée du S.).
Revenir au ‘tout naturel’? Ouais. Sauf qu’une usine produisant 150 t/j de fibres acryliques remplace la production de laine de 12 millions de moutons (la surface nécessaire pour un tel troupeau serait égale à la Belgique!) ; 150 t/j de fibres polyester remplacent une culture de coton de 100 000 ha...
Quelques
citations
...pénétrantes,
tragiques
ou cocasses.
" On rapporte sur le mot nylon beaucoup de légendes. J’ai adopté ce mot parce qu'il est clair, facile à prononcer et aisé à mémoriser. Soyez sûrs qu’il ne contient aucun sous entendu malicieux… ", Crawford H. Greenewalt président de Du Pont de Nemours, 1941.
" Dans les années 30-40, Du Pont de Nemours engendrera les deux symboles absolus de la modernité made in America : le nylon et la bombe atomique", Pap Ndiaye maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, in du Nylon et des Bombes.
" Aussi solide que l’acier, aussi fin que la toile d’araignée et d’un magnifique éclat. Et simplement à base de charbon, d’air et d’eau ! ", publicité Du Pont de Nemours pour le Nylon, années 40.
" Ce qu’il faut dire de fadaises
pour voir enfin au fond d’son lit
un soutien-gorge sur une chaise,
une paire de bas sur un tapis... ", Claude Nougaro,
Les Don Juan, 1961.
" Elle fait glisser son cœur croisé
Sur sa peau bronzée
T'as les bas nylon
Qui filent sur l'édredon. ",
Chagrin d'amour, Chacun fait c'qu'il lui plait, années 1980.
" Le bas nylon a acquis une place plus importante dans l'histoire des mœurs que dans celle des costumes. Plus qu'un objet utile ayant une fonction précise, plus qu'un vêtement, il est en fait aux yeux d'un homme, un ornement, un symbole de volupté. ",
Paolo Lombardi,
Eloge du bas, 1989.
" Le jour où l’on en aura marre qu’il nous prenne pour un objet sexuel, on pourra toujours l’étrangler avec un bas couture, c’est tout de même plus élégant qu’avec un collant de contention. ", Alix Girod de L’Ain,
ELLE , mars1999
" Quand on revoit les images de ces femmes en panty qui pullulaient dans les magazines, on se demande grâce à quelle perversion un homme aurait pu être inspiré par cette cuirasse élastique ",
Jacques Laurent,
in Le nu vêtu et dévêtu,
Gallimard 1979.
" Le bas nylon, ça fait une jambe différente, transparente. C'est plus sexy que les collants. C'est un clin d'œil aux années 50. La couture, je l'ai traitée comme un gag, pour recréer le coté pin-up " ,
Chantal Thomass présentant sa collection Hiver 1999-2000
" Pas un pli, pas une ombre.
Faites comme moi,
portez des bas nylon Jil ",
publicité pour les bas, Elle, 1956
Bibliographie
indicative
Du nylon et des bombes. DuPont de Nemours, le marché et l'Etat américain, Pap Ndiaye, Paris, Belin, 2001. Dans un style vivant, cet ouvrage historique montre comment le géant américain de la chimie fut à l'origine de deux symboles de la modernité américaine triomphante: le nylon et la bombe atomique.
La révolution textile, au-delà de l'imagination, Elisabeth Frésard, LEP, 2005. Un ouvrage précis et exhaustif qui passe en revue les textiles high tech que nous porterons à l'avenir...
Architecture textile, a tempera éditions, 1990 Un florilège des construction de constructions toiles les plus remarquables des années 80.
Quelques
repères
chronologiques
(suite)
1968
Du nylon sur la lune!
Du 11 octobre 1968 au 22 octobre 1968, se déroule le premier vol habité Apollo : première capsule à emmener 3 astronautes en orbite. Les matériaux de Dupont ont joué un rôle important dans le succès du programme Apollo. L'uréthane entre dans la composition des combinaisons spatiales pour fabriquer la couche pressurisée. Il est enduit sur une couche de Nylon et recouvert d'une couche de Dacron.
1971
Naissance d’un cousin : le kevlar
Découvert en 1965 par l’Américaine Stéphanie KWOLEK, chercheuse chez DuPont, le kevlar ne commence à être fabriqué qu’en 1971. Famille de nylon, le Kevlar possède d'exceptionnelles qualités de résistance à la traction et à l'élongation. Il est utilisé pour fabriquer des gilets pare-balle, des pneus ultra résistants, aux ailes d’avion ou, mélangés au Nomex, une autre fibre de la famille des nylons, les vêtements ignifugés des pompiers. Aujourd'hui le brevet a expiré, d'où l'apparition de produits concurrents comme le Twaron du japonais Teijin.
Aujourd’hui
les textiles synthétiques « high-tech »
Tissus retardateurs de flamme, fibres résistantes à la chaleur, à des tractions de plusieurs tonnes, anti-UV, anti-acariens, anti-bactéries, parfumés (cf. http://www2.cnrs.fr/presse/journal/1904.htm) etc. Depuis les années 1990, les fibres synthétiques high-tech connaissent une explosion sans précédent. Ils dévorent des parts de marché de textiles naturels et des textiles synthétiques plus traditionnels, comme le nylon. Un signe : En 2004 du Pont a vendu son activité textile à l’américain Koch industries, perdant certaines de ses marques les plus connues comme Lycra (Spandex), Dacron le polyester, Orlon l'acrylique, Antron, le nylon…
Demain ou après-demain
(si encore vivants)
Le grand retour des fibres
artificielles naturelles ?
Le pétrole de plus en plus cher et de moins en moins abondant constituera un jour ou l’autre un probléme pour la fabrication de fibres synthétique. Il existe une alternative éventuelle : la chimie verte. Grâce aux fanes de maïs ou à la pulpe de betterave (mais ce sont des plantes qui demandent beaucoup d’eau et leur exploitation intensive peut avoir un effet d’éviction sur les cultures vivrières...) on peut reconstituer des fibres aux mêmes caractéristiques. A part ça, la nature a de plus en plus les faveurs des tisseurs : lin et chanvre reviennent à la mode, le bambou cartonne chez les bobos... Bon, je crois que je vais aller me coucher...
Travaux
pratiques
http://www.ping.be/at_home/nylon.htm "Dans une fiole conique, réaliser une solution à 5% de diaminohexane..."
Un site qui livre la recette.
Pour chimistes doués...